"Le temps sera porté par un beau mouvement dramatique et celui-ci ne laissera pas de place à la monotonie"
Alexandre Vialatte

Les vaches

mardi 4 janvier 2011

Un petit tour à Bonn

Je suis assez pressé car on m'attend. Je ne me charge pas inutilement avec gros "matos", juste le petit G 11 pour fixer quelques impressions. Le hasard a fait que j'ai réservé mon hôtel dans le centre-ville près du Rhin et du Kennedy Brücke. L'hôtel est au n° 11 de Berliner Freiheit, un vrai symbole pour moi qui ai été marqué comme tous les "Berlinois" pour le Berliner Luft.

Le Rhin pris vers l'amont depuis le tablier du Kennedy Brücke



Le Kennedy Brücke qui a été rénové au début des années 2000. je pense qu'il a été élargi pour rendre plus aisée la circulation automobile et celle des tramways.


Pour s'y retrouver ....





Je prends le risque de me rendre en voiture à la Bundeskunsthalle qui accueille l'exposition consacrée à Napoléon. Je ferai un commentaire plus étoffé sur cette exposition. Mais d'ores et déjà c'est une très belle exposition et particulièrement objective.




Sur plusieurs centaines de mètres de part et d'autre de la Bundeskunsthalle des banderoles annoncent cette exposition. J'y trouve un public très nombreux. J'ai donc pris le risque de prendre ma voiture au lieu du "Stadtbahn"... sur le plan de la ville il n'y a aucun pictogramme signalant la présence de parkings publics. Au final il y en a ... mais ils sont bien cachés ! Ouf. J'en trouve un qui a pris ses quartiers sur un terrain presque "vague". Peu importe "Oufffff !"


Le quartier Sud de Bonn en direction de Bad Godesberg accueille encore de nombreuses grandes administrations de la République Fédérale. Il y a toujours des hôtels particuliers absolument sublîmes ! Dans le même temps de très grandes surfaces ont été refondues pour permettre la création de sièges de grandes entreprises come la Deutsche Post mais aussi pour accueillir des musées. C'est le grand quartier des musées qui se touchent.


Sortie des bureaux. Par rapport à l'Autriche les commerces restent ouverts assez tard.



Un restaurant typique du centre-ville



On ne rencontre ça qu'en Allemagne .. le carnaval approche




Il faut se remettre.. celle-là je ne la connaissais pas. Elle est fameuse.



A part la place de la cathédrale ou celle de la paix... peu de monde. La proximité du Rhin et l'humidité que ce fleuve génère donne franchement une impression de froid très perçant.


La maison natale de Ludwig van Beethoven au n° 20 de la Bonn Gasse



A 20 heures il y a très peu de monde dans les rue piétonnes (et ne plus ce soir il fait un froid de canard !). J'en profite mais il y en a quand même qui trouvent le moyen de passer devant moi !

Demain si le temps le permet je me chargerai avec mon "gros" matos....

Et si nous parlions du dahu

Je vais vous parler du dahu car l'étude des moeurs de cet animal me tient à coeur. Le dahu est un animal si singulier qu'il fait "dahus" au pluriel. Selon la définition du Petit Robert (édition tchèque) il s'agit d'un animal imaginaire. Comme quoi le dictionnaire "Petit Robert" mérite bien son titre "Petit Robert". Il ne se grandit pas avec les bonnes informations. Le sort réservé à cet animal si mythique dans la mémoire collective de nos contemporains est indécent.

J'ai eu un échange avec un de mes amis sur la transformation de la viande de dahu car j'avais entendu dire que la Bretagne était une région qui transformait encore cette viande qui traitée en charcuterie devait sécher sous climat océanique. Ce qui était parfaitement le cas de cette région.


Je propose de faire une communication à l'université d'Ostrava sur ce sujet.

Mon cher Yves

Bonsoir, toi qui es breton, j’ai expliqué à la fille de mes amis tchèques que le dahu était chassé dans les volcans d’auvergne à l’automne, sa chair était transformée en saucisson, lequel était affiné en Bretagne chez des charcutiers spécialisés, car c’était une charcuterie de gibier qui devait murir en météo marine. Etc … ses amies qui sont en stage en Bretagne devraient en trouver chez tous les bons charcutiers. Pourrais-tu pondre un article de quinze lignes pour confirmer mes dires. Ses amies n’ont pas aimé les huîtres… bon faire avaler du poisson à un Tchèque c’est quelque chose à part la carpe. Il ne s’agit pas de se moquer bien entendu … car eux ce sont des spécialistes des bonnes plaisanteries sans queue (de poisson) ni tête.

Amitié

La réponse de mon ami apporte des informations majeures sur le traitement de la viande de dahu. Ce qui confirme que l'édition tchèque du Petit Robert est totalement dépassée !


Mon cher Jean-Michel,




J'ai pris bonne note de ton message au sujet du Dahu.

 
Je confirme tes dires en ce sens que lorsque j'étais Lieutenant au 92 ème régiment d'infanterie à Clermont -Ferrand, il était de tradition d'emmener nos jeunes recrues,au crépuscule , dans le cadre d'un entraînement au combat de nuit , au pied du Puy de Dôme voire du Puy de Pariou afin de tenter de capturer cet animal extraordinaire qui à l'époque , n'étant pas protégé,tendait à se faire de plus en plus rare.

Je pense que tu te souviens de la caractéristique unique de cet animal qui, en fonction de son sens de rotation autour des Puys, avait soit les pattes de droites soit les pattes de gauches plus courtes que les autres...d'où la difficulté de le capturer car, Dieu sait qu'il allait vite le bougre ...sans jamais déraper et pour cause !

Certains de mes soldats, originaires du Cantal, se montraient les plus habiles dans la chasse, la tentative de capture de cet animal. Je crois me souvenir qu'à deux ou trois reprises mes gars ont réussi à capturer un Dahu que nous avons sur place fait cuire à la broche ,un peu comme cela se fait pour le mouton ....Un délice....J'ai cependant été convoqué un jour par mon Colonel (Le Colonel Le Gall ...comme par hasard un Breton ) qui avait été mis au courant (par qui ? je ne sais ) et qui m'a donné l'ordre de cesser ces pratiques. J'ai bien longtemps après appris que ce Colonel était apparenté aux charcutiers bien connus de Quimper ...ceci explique sans doute cela !

Je confirme également que la Bretagne , en particulier le Finistère (à Quimper et à Pont-Labbé principalement ), était à l'époque spécialisée dans le traitement de la viande de Dahu pour en faire, en effet, ces délicieux saucissons qui rivalisaient avec la célèbre andouille de Guéméné (bien plus savoureuse que celle de Vire). Le choix de la Bretagne pour l'affinage venait (surtout à Pont Labbé ), tu as raison, du fait que la salinité de l'air marin assorti de l'iode provenant du goémon donnait au saucisson de Dahu une saveur que l'on n'a plus jamais retrouvée depuis.
A ma connaissance, je ne sais pas s'ils existent encore, ces charcutiers bretons car tu dois savoir comme moi que depuis environ 20 ans, le Dahu est espèce protégée...Cependant, d'après certains renseignements que j'ai réussi à obtenir , il semblerait que le Dahu soit élévé directement en Bretagne, dans la région de Pleumeur-Bodou, berceau de ma famille. A vérifier ! De toutes manières cela n'aura rien à voir avec l'excellence du Dahu en ses origines territoriales...

Pour finir, je crois avoir encore parmi les milliers de photographies qui me restent à classer, quelques clichés pris à l'issue de ces chasses lors de la dégustation du Dahu rôti sur feu de bois ....Si cela t'intéresse ...

Bien à toi



Yves LE COZ


dimanche 2 janvier 2011

Une petite promenade dans Paris



Pour familiariser ma fille avec de "gros" appareils photos je l'ai emmenée place de la Concorde et place Vauban. Tout d'abord il faut se rassurer l'homme de 2011 ressemble étrangement à celui de 2010 ! La même bêtise rampante qu'il se déplace dans sa voiture ou sur ses pattes postérieures.




Je vous passerai les présentations : la place de la Concorde et son Obélisque et ... sa grande roue. Le temps n'était pas terrible et plurôt à l'humidité, ce qui explique un peu la piètre qualité des photos. Comme je travaille sans pied pour des raisons de commodité, il faut accepter de pousser les ISO de manière à obtenir une vitesse compatible avec le mlouvement de la foule. D'où un peu de "bruit" sur les clichés.





Place Vauban : beaucoup moins de monde pour rendre la première visite de l'année à mon "pote" qui loge sous le dôme des Invalides.


La semaine prochaine j'essaierai de faire des photos plus travaillées, en souhaitant des conditions météorologiques plus clémentes. Je préfère le froid et la neige à se crachin qui nous tombait de manière sur nos épaules !

 

Verdict de ma fille : qu'est-ce que c'est lourd !

vendredi 31 décembre 2010

mercredi 29 décembre 2010

Jacqueline de Romilly, une "vieille optimiste" de la langue française

Jacqueline de Romilly est décédée le Samedi 18 décembre 2010. J'ai lu quelques livres d'elle et je dois dire que c'est un de ces écrivains qui m'a appris les contours de ce que peut être la démocratie.


Elle était une femme de principes. Les visiteurs de l'après-midi étaient poliment priés de s'y plier et de ne pas venir la voir sans une bouteille de whisky. Jacqueline de Romilly feignait de s'en étonner, remerciait abondamment et partait chercher à la cuisine, appuyée sur sa canne d'aveugle, le plateau et les verres qui attendaient. Tous les jours, sur le coup de 18 heures, un peu voûtée sur son fauteuil et son " petit whisky " à la main, la vieille dame aimait alors tourner la tête vers la fenêtre et laisser ses yeux, d'un bleu très clair, capter la lumière au-dessus des toits de Paris. Puis elle se concentrait sur ses interlocuteurs, les coudes sur les genoux, le regard attentif, intact de sa curiosité et du désir d'apprendre. Elle se lançait avec entrain dans une langue française délicieuse et parfaite, telle qu'on ne la connaît plus.

Il y eut un grand moment, passé à peu près inaperçu, dans la vie de Jacqueline de Romilly. Un moment d'éblouissement pour ceux qui eurent le plaisir de l'écouter ce jour-là. C'était le 23 janvier 1997, sous la coupole dorée de l'Académie française. Dans son habit vert, debout derrière son pupitre, déjà presque aveugle mais les lunettes chaussées pour la forme, elle avait déclamé pendant une heure le discours qu'elle avait préparé et appris par coeur, faute de pouvoir le lire.

La grande helléniste du Collège de France, deuxième femme élue à l'Académie française, recevait celui qui venait d'être élu au sein de l'illustre compagnie : Hector Bianciotti. Un écrivain d'origine piémontaise, élevé dans un milieu pauvre de la pampa argentine, né dans la langue italienne et élevé dans l'espagnole, qui avait appris le français à l'âge de 15 ans en traduisant Paul Valéry à l'aide d'un dictionnaire. Ecrivain italianophone et traduit de l'espagnol en français, il était devenu un écrivain français traduit en espagnol. En lui qui avait gardé son accent chantant aux " r " roulés et qui se retrouvait accueilli dans cette enceinte si purement française, Mme de Romilly vit le symbole de ce qui fut sa raison d'être à elle : la patrie particulière qu'est, pour un écrivain, la langue.

" J'espère, Monsieur, ne vous causer ni surprise ni chagrin en disant que certains peuvent trouver déroutant qu'un si précieux champion de notre langue la parle avec un accent qui n'est pas vraiment celui de la pure tradition. Même cette coupole a pu s'en étonner. Et pourtant nous pouvons nous en réjouir. Non pas à cause du charme qu'il peut donner à l'homme venu d'ailleurs, mais parce qu'aussitôt il veut dire : on peut être un grand écrivain français et aimer notre langue même quand on vient, en effet, d'ailleurs, et même de très loin. On peut avoir vécu dans la pampa et être un auteur de chez nous. Votre accent, Monsieur, est comme l'estampille du rayonnement de notre langue. Vous le garderez, et c'est tant mieux. "

Elle ignorait sa cécité, écrivait ses lettres à la main, se faisait lire le journal et les livres à voix haute, en récitait certains de mémoire. Elle se promenait dans La Guerre du Péloponnèse de Thucydide, son auteur fétiche, comme dans un jardin familier. En cas de doute sur tel passage, elle sortait un tome de sa bibliothèque et vous indiquait à quelle page le retrouver.

A l'heure du whisky, un an avant de mourir, elle avait reçu chez elle un jeune professeur de grec ancien, Augustin d'Humières, auteur d'Homère et Shakespeare en banlieue (Grasset), un livre sur son expérience en banlieue et bataillant, comme elle, pour la survie de l'enseignement des lettres classiques. " Toute ma vie, lui avait-elle dit, j'ai attendu quelqu'un comme vous. " Transmettre par le grec et le latin l'attention aux mots, les étymologies et la syntaxe, la naissance de l'argumentation logique, la maîtrise du raisonnement, l'organisation du discours et de la pensée, Jacqueline de Romilly en a fait son combat jusqu'au bout. Elle en avait été empêchée pendant la guerre, interdite d'enseignement du fait de son origine juive. Elle y croyait. Elle était, comme elle disait en s'en amusant, " une vieille optimiste d'un âge dépassé ".

Marion Van Renterghem



© Le Monde



Disparue à 97 ans, la grande helléniste s’était vouée à la défense des enseignements littéraires, inséparables pour elle de l’étude des langues dites mortes mais qu’elle proclamait vivantes : le latin et le grec. 

« Avoir été juive sous l’Occupation, finir seule, presque aveugle, sans enfants et sans famille, est-ce vraiment sensationnel ? Mais ma vie de professeur a été, d’un bout à l’autre, celle que je souhaitais. » Ces quelques mots discrètement désabusés, pour tempérer l’admiration de rigueur quand on parlait d’elle, serviront d’épilogue à une très longue vie « passée, disait-elle encore, sans que je fasse attention ». Bien sûr, sa “vie de professeur” aura été magnifique, elle aura entassé comme en se jouant les trophées les plus prestigieux, du concours général au Collège de France, de la Sorbonne à l’Académie des inscriptions et belles-lettres et enfin à l’Académie française où, pour la première fois, elle ne fut pas la première – Marguerite Yourcenar l’y avait précédée.

Toutefois, ce n’est pas la traductrice d’Histoire de la guerre du Péloponnèse, ni l’infatigable exégète de son auteur (sa thèse sur Thucydide et l’impérialisme athénien fait toujours autorité), ni la biographe d’Alcibiade, non plus que la subtile analyste de la Douceur dans la pensée grecque ou la commentatrice d’Homère et d’Euripide qui est connue du grand public, à peine plus l’auteur intimiste de Sur les chemins de Sainte-Victoire, où elle se permettait enfin une note personnelle. Une autre qu’elle se fût peut-être assoupie dans la flatteuse rumeur de tous ces lauriers moissonnés. Quand, en 1984, elle publie l’Enseignement en détresse, elle fait la preuve qu’Athéna casquée pen­chée sur sa lance est pour elle autre chose qu’un motif de médaille ou de cul-de-lampe.

À 71 ans, elle commence une autre carrière, plus incertaine et difficile que celle de lauréate qui, jusqu’alors, lui avait si bien réussi. Son livre est un brûlot, qu’elle lance contre la plus désastreuse de nos résignations, celle qui nous fait croire que nous pouvons désormais nous pas­ser de ce qui nous a faits ce que nous sommes, en un mot superbe et désuet, devenu ridicule et quasi imprononçable : les humanités. Il fallait bien comme elle pouvoir invoquer le bataillon sacré, d’Eschyle à Euripide et de Platon à Aristote, sans compter le renfort toujours appréciable d’Aristophane, pour conjurer, s’il en est encore temps, cette catastrophe historique – la fin de ce que, depuis les Grecs précisément, nous appelons histoire, faute d’esprits pour la comprendre et de cou­rages pour la continuer. « Combat vital », dit-elle, dans lequel et jusqu’à ses derniers jours elle ne ménagera ni son temps ni sa peine. Comment conjurer les conséquences de la liquidation de l’enseignement classique, perpétrée avec une telle désinvolture dans l’euphorie technicienne de la fin des années 1960 ?

Après le grec, le latin, c’est le français lui-même qui sera sacrifié. Question éminemment politique, celle qui commande notre survie : en 1994, Jacqueline de Romilly intitulait son discours pour le trois centième anniversaire du dictionnaire de l’Académie, « La langue et la liberté ». Pourquoi ne plus permettre aux élèves de s’approprier nos trésors communs, latins et grecs ? Elle répondait sans ambages : « On craint sans doute qu’ils ne se forgent un jugement trop acéré et mettent en cause les fausses valeurs de notre société. »

Elle aurait pu faire siens les vers que Hugo met dans la bouche de Thémistocle, quand un prêtre soudoyé par les Perses lui remontre que le repos des Grecs exige qu’ils se rendent : « Pour les vaincus la lutte est un grand bonheur triste / Qu’il faut faire durer le plus longtemps qu’on peut. » On sait que, dans l’histoire racontée par Hérodote et paraphrasée par Hugo, à la fin les Perses sont battus.

Philippe Barthelet

© Valeurs actuelles

mardi 28 décembre 2010

Concert du Nouvel An

Concert viennois du Nouvel An: l'Autrichien Franz Welser-Möst à la baguette

VIENNE — Le concert de musique classique le plus médiatisé au monde, celui du Nouvel An de l'Orchestre philharmonique de Vienne, sera dirigé samedi 1er janvier (10h15 GMT) pour la première fois par le chef d'orchestre autrichien Franz Welser-Möst et retransmis à la télévision dans plus de 70 pays, dont 43 pays européens.

Ainsi, cet évènement exceptionnel, traditionnellement consacré à la valse viennoise et aux compositeurs de la famille Strauss, devrait être suivi par près de 50 millions de téléspectateurs, de l'Albanie à l'Uruguay en passant par l'Australie, la Chine, l'Inde, le Japon, les Etats-Unis, la Russie, entre autres. Le concert sera diffusé en haute définition (HD) et pourra être suivi en direct sur internet via l'un des sites de la télévision publique autrichienne (http:/TVthek.ORF.at).

Pour Franz Welser-Möst, âgé de 50 ans, il s'agit d'une reconnaissance de sa liaison patiemment construite avec Vienne et l'Orchestre philharmonique: nouveau Directeur général de la musique à l'Opéra de Vienne, il a notamment dirigé les Wiener Philharmoniker au Festival de Salzbourg en 2009 et lors de la deuxième plus importante manifestation de cette prestigieuse phalange, le concert nocturne d'été au Palais impérial de Schönbrunn, à Vienne, en 2010.

Au cours d'une conférence de presse, lundi, il s'est fait un plaisir d'annoncer que son "arrière grand-mère dirigeait une salle de bal où s'était produit Johann Strauss père et où Johann Strauss fils a donné son premier concert public".

Choisi par les musiciens, qui, depuis la création du Philharmonique en 1842, gèrent eux-mêmes leur orchestre, Franz Welser-Möst est ainsi le 15e chef à tenir la baguette dans le club très fermé du Neujahrskonzert, avec les Autrichiens Josef Krips, Willy Boskovsky, "roi" de la valse viennoise, Herbert von Karajan, Carlos Kleiber et Nikolaus Harnoncourt, l'Allemand Clemens Krauss, l'Américain Lorin Maazel, les Italiens Claudio Abbado et Riccardo Muti, l'Indien Zubin Mehta, le Japonais Seiji Ozawa, le Finlandais Mariss Jansons, le Français Georges Prêtre et l'Israélo-Argentin Daniel Barenboïm.

Ayant vu le jour en 1939, aux heures noires qui ont suivi l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie, ce concert, dont l'édition 2011 sera la 71e, la seule interruption remontant à 1940, apportera quelques nouveautés, par exemple la "Valse de Méphisto" du compositeur hongrois Franz Liszt, dont on fêtera en 2011 le 200e anniversaire de la naissance.

Côté ballet, c'est l'ancien danseur-étoile de l'Opéra de Paris Jean-Guillaume Bart, qui signera pour la première fois la chorégraphie, les costumes étant l'oeuvre du Sud-Africain Johan Engels, présent, lui, pour la cinquième fois.

Quant à la décoration florale de la magnifique salle du Musikverein, elle sera assurée pour la 30e fois par les jardiniers de la ville italienne de San Remo.

Comme d'habitude, les précieux sésames des billets se sont arrachés dans le monde entier un an à l'avance.

Outre le culte de la musique et de la valse viennoise, le concert du Nouvel An est aussi l'occasion pour le Philharmonique de Vienne de soigner ses finances par des ventes lucratives de CD et DVD (Decca): le CD sera sur le marché mondial dès le 7 janvier et le DVD, tourné par la télévision publique autrichienne ORF, le 14.

Source : AFP


Comme d'habitude un vrai régal ! J'ai une pensée aujourd'hui pour quelqu'un qui "ouvrait" son poste le 1er janvier sur le coup des 11 heures 15 .... C'était comme si elle recevait sa bénédiction urbi et orbi musicale, le seul moment de l'année où il ne fallait pas venir la déranger dans son écoute recueillie !

dimanche 26 décembre 2010

Napoléon entre le rêve et la blessure

Bonn s'attaque aux multiples visages de Napoléon


(Source : Le Monde des 25 et 26 décembre 2010)
 
Bonn (envoyé spécial) - Le général Robert Bresse, directeur du Musée de l'armée aux Invalides, à Paris, le reconnaît : une exposition comme celle qui vient de s'ouvrir à Bonn, en Allemagne, est impossible à concevoir en France. "On n'est pas encore capable de promener un regard objectif sur cet homme", constate ce parachutiste. La preuve : la dernière grande exposition en France sur Napoléon Bonaparte remonte à 1969, bicentenaire de sa naissance. Même le bicentenaire de la victoire d'Austerlitz, en 2005, fut quasiment passé sous silence. A moins d'attendre 2012, où elle sera (faute de place, partiellement) présentée à Paris, les Français doivent donc franchir le Rhin s'ils veulent voir l'exposition intitulée "Napoleon und Europa. Traum und Trauma", un jeu de mots traduit en français par "Napoléon et l'Europe. Le rêve et la blessure".




Signe que, deux siècles après, un regard distancié commence, malgré tout, à être possible, l'exposition est officiellement parrainée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. C'est d'ailleurs à une Française, Bénédicte Savoy, enseignante à la Technische Universität de Berlin, que le Centre national d'art et d'exposition de la République fédérale allemande a fait appel. Assistée d'un autre historien, Yann Potin (Archives nationales), elle propose une approche de Napoléon beaucoup plus ambivalente que celle de ses thuriféraires ou de ses détracteurs. Bénédicte Savoy a choisi douze entrées, non pas chronologiques mais thématiques, résolument modernes pour la plupart. On y découvre notamment une "Génération Bonaparte".





Si Kant, Goethe ou Goya étaient déjà des "maîtres à penser", Humboldt, Hegel, Hölderlin ou Beethoven avaient, comme Bonaparte, vingt ans en 1789. Le visiteur ne peut être que touché par la partition de la Troisième symphonie de Beethoven, dédiée dans un premier temps à Bonaparte, puis en partie déchirée par le compositeur libéral après le sacre de l'empereur, et accompagnée d'un titre ambigu : Symphonie héroïque composée pour célébrer la mémoire d'un grand homme.



Cultivant son image de soldat, puis, à partir de 1803, d'homme d'Etat, Napoléon a toujours entretenu une relation complexe avec l'art. Maître en propagande, il vénérait Goethe, qui le lui rendait bien. L'un des temps forts de cette exposition est d'ailleurs la partie consacrée à la centralisation à Paris du patrimoine artistique et des archives de l'Europe. En 1814, le Louvre comptait 1 244 tableaux et 200 sculptures antiques rapportés par les armées napoléoniennes. L'empereur voulait construire à Paris un immense centre d'archivage (près du Champ-de-Mars) qui aurait, selon Bénédicte Savoy, "parachevé la mise sous tutelle d'Etats subitement orphelins de leur propre mémoire". Mais les peuples européens s'identifièrent aux objets saisis. ""Volés aux princes, reconquis par le peuple", telle fut la devise qui conduisit, en 1814-1815, à la plus grande restitution qu'ait jamais connue l'histoire européenne", écrivent les organisateurs.



Les "Rêves d'Empire" constituent un autre moment saisissant. Au-delà des célèbres tableaux illustrant les entrées de la Grande Armée dans les villes, l'attention est portée aux victimes. Est-ce parce que le XXe siècle a connu d'autres boucheries ? Les historiens ont peu étudié la question. Pourtant, trois millions d'hommes (et de femmes, on les oublie) seraient morts durant les guerres napoléoniennes, hécatombe alors sans égale sur le continent depuis la guerre de Trente Ans. L'exposition montre pour la première fois des croquis réalisés par un anatomiste écossais après Waterloo (55 000 morts et blessés).



Outre ces "gueules cassées" avant l'heure, il y a cette cuirasse de 7 kilos transpercée de part en part par un boulet de canon. Et surtout ces fosses communes découvertes à Vilnius, en... 2002. 600 000 hommes ont fait leur entrée dans la ville balte à l'été 1812. Surpris par le froid en décembre - jusqu'à - 39 °C -, 35 000 moururent en quelques jours ; 10 % avaient moins de 20 ans, 50 % entre 20 et 25 ans ont révélé les tests ADN. Mais les grognards qui survécurent ne furent pas les derniers à entretenir le mythe de l'empereur. Des daguerréotypes saisissants, là aussi montrés pour la première fois, présentent d'anciens combattants posant fièrement, en mai 1858, vêtus de leur uniforme. Si Napoléon est l'un des très rares hommes à avoir véritablement marqué de son empreinte l'ensemble du continent, l'exposition nous montre, sous le titre "Le Sexe et le Sang", que l'Europe fut aussi "une affaire de famille". Une rencontre à Paris de souverains européens en décembre 1809 le prouve : sur quinze têtes couronnées présentes, treize sont membres de la famille impériale.



Ce ne sont là que quelques aspects d'une exposition très riche, passionnante et forcément frustrante. Napoléon ne tient pas en 2000 mètres carrés et chacun des douze thèmes aurait mérité à lui seul une exposition. Mais si l'on accepte le parti pris panoramique, difficile de ne pas être séduit par le résultat. Et comme Bonn est une jolie petite ville qui abrite plusieurs musées richement dotés...



Frédéric Lemaître

"Napoleon und Europa. Traum und Trauma".

Centre national d'art et d'exposition de la RFA, Friedrich-Ebert Allee 4, Bonn. Jusqu'au 25 avril 2011

http://bundeskunsthalle.de/


Il faut que ce soient nos voisins Allemands qui nous donnent une nouvelle fois une bonne leçon d'histoire !